Acte I, Les Imbéciles Heureux

« Tendre avril 2013, Murcia

Deux semaines d’évasion sur les routes murciennes, sur les rives de nos coeurs, les courbes de nos corps, pourtant si indomptables . .. . deux semaines à vivre comme des fous comme des princes avec presque rien, des imbéciles heureux, des ressuscités clandestins, les yeux dans les yeux, l’amour en tête, l’espoir au cœur et l’instant aux lèvres décuplant sa saveur .. .  deux semaines d’épuisement, même à l’arrêt complet blottis dans notre bulle sous le crépitement de nos souffles impalpables, s’épuiser à rêver, à questionner les utopies, à retomber en enfance, s’épuiser à rire en échos de plus en plus fort, à s’aimer, de toutes nos forces, de tout notre être, s’aimer à la vie, s’aimer à la mort . … .. .

Je ferme les yeux, je revois ces montagnes somptueuses, ces criques perdues, ces bouts de toi sous un voile rouge, cette poussière qui vole derrière notre passage turbulent mais silencieux sur les chemins de terre, ces détours curieux pour se perdre là où l’on s’aime.  Je revois ton sourire somnolent qui me chatouille le ventre, tes yeux endormis qui se reposent de nos aventures et qui gardent précieusement dans le noir de la nuit l’intensité de la lumière capturée au sommet de la falaise . .. . … Tu te souviens ? là où avec ta bouche tu as extirpé mon âme hors de la faille, tu l’as blottie contre toi puis, d’une traite, tu m’as ramenée à la vie .. .  la vraie, celle qui vaut toutes les autres, qui vaut toutes les morts.

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et aujourd’hui tu es parti, et à peine la vie que tu m’avais rendue semble déjà filer à la sauvage … Oui c’est alors qu’elle vient de m’arracher à toi et de nous éjecter, une fois encore, à quelques milliers de kilomètres l’un de l’autre . … Reviens-moi, réveille-moi, que je plonge à nouveau dans ton regard, dans le gouffre de ce souvenir fibreux, extra-terrestre, organique, sur la falaise .. . réveille ce vertige, chahute les rideaux comme mon cœur à l’envers, le souffle court . ..  comme tu me hantes, comme tu me manques déjà .. .

Il est pesant ce vide que tu as laissé dans la ville, dans l’appart, dans ma chambre, dans mes bras. Je reste assise sur le balcon de la cuisine, à attendre que tu viennes me prendre par la main pour une nouvelle escapade nocturne sur les toits de la ville ou les collines emprisonnant Murcia de leur étreinte. Je regarde nos photos, j’épluche les pavés que nous avons frôlés cœurs contre côtes, je te cherche … mais à peine quelques heures écoulées sur ton ombre que, déjà peu à peu, ton odeur s’estompe, puisque la mienne, malgré moi, semble reprendre possession des lieux où tu étais. J’ai beau serrer l’oreiller, enfouir ma tête dans ses plumes, je ne t’y trouve plus. Puis à mon propre encombrement dans ce rejaillissement de solitude,  à mon sombre bordel dans ce terrifiant bout de vide, se mêlent à nouveau les pas errants de mes colocataires dont les talons griffent les traces de ton passage dans le corridor et le temps saupoudrant de poussière ce qu’il reste de ces retrouvailles. Nos rires, nos ivresses étalés sur le carrelage. Oui cette maison a repris sa vie comme avant, mais dis-moi pourquoi moi je n’y arrive pas ?

Partons vite, au grès des vents et des routes, je nous y vois vieillir, je nous y vois renaître.

 

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PS: as-tu capturé mon sommeil dans tes valises ? dans ce cas, un colis-poste et quelques baisers, selon les règles du vol cela devrait prendre quelques jours … mais tant que je sais qu’approcheront nos retrouvailles au seuil de l’été, mes nuits blanches garderont leur éclat.

De cette force sublime, je t’aime tant.  »